Argumentaire

Traverser la mer, Traverser les frontières

Mieux comprendre pour mieux accompagner

Le territoire arlésien et plus largement le territoire méditerranéen, nous invite à penser la diversité et ses problématiques.
En raison d’une actualité brûlante, nous proposons un arrêt sur images pour prendre le temps d’une réflexion sur un contexte particulier : les nouveaux parcours de migrations. Et dans le même temps s’interroger sur la construction identitaire des individus aux cultures diverses d’ici et d’ailleurs.
Ils.elles ont fait le pari de traverser la mer méditerranée, en famille ou seul.e.s. Certain.e.s ont traversé des continents, des pays, des villes à la recherche d’une meilleure éducation pour leurs enfants. Ces parcours de migrations ont eux-mêmes des origines diversifiées. Elles prennent leurs sources dans les pays d’origine où les situations économiques, sociales et politiques sont instables. Par ailleurs, dans les années à venir, les migrations liées aux dérèglements climatiques devraient être plus nombreuses que celles liées aux conflits socio-politiques. A l’arrivée, qu’en est-il pour ces familles, leurs enfants, les jeunes mineur.e.s isolé.e.s à l’école ?
Sur ce même territoire, il existe, plus proches de nous, d’autres parcours d’individus dont les modes de vie sont itinérants et qui ont tendance à évoluer vers la sédentarisation. Les enfants issus de ces familles itinérantes et de voyageurs nourrissent une culture différente de la nôtre et dont les parcours scolaires sont très instables.
Que nous traduisent ces parcours, pour les un.e.s de migrations, pour les autres de sédentarisation, volontaires ou forcés ? Dans ce contexte, comment appréhender la diversité culturelle et sa rencontre qui interrogent nos sociétés modernes et l’accueil dans l’institution scolaire ?
Par ailleurs, un des défis à relever dans nos sociétés d’aujourd’hui, n’est –il pas le vivre ensemble interculturel ? Lui, qui vient redéfinir la différence culturelle comme valeur partagée par chacun d’entre nous. L’altérité, la diversité, le pluralisme redessinent le champ de la culture contemporaine et nous amènent à repenser la différence.
De ces problématiques de migrations, de trajectoires et modes de vie naissent des questionnements divers pour les psychologues de l’Education nationale dans leurs missions d’accueil, de suivi et d’accompagnement de ces jeunes au sein de l’école. La diversité culturelle dans le monde et dans l’éducation est une richesse humaine. Au sein de nos pratiques et dans cet échange avec l’autre issu.e d’une autre culture, dans ce dialogue interculturel nait une rencontre au sein de l’école : celle d’un.e psychologue spécialiste des questions d’éducation, de développement et de conseil en orientation, et d’un.e adolescent.e en construction et en devenir.
Ce qui nous questionne dans cette relation duelle est la manière dont les deux acteurs se font face en présence de leurs cultures respectives en prise avec les enjeux de la scolarité. Qu’apprennent –elles l’une de l’autre dans cet espace interculturel ?
La définition du dialogue interculturel proposée par le conseil de l’Europe (CoE, 2007) est « un échange de vues ouvert et respectueux entre individus et des groupes appartenant à des cultures différentes, qui permet de mieux comprendre la perception du monde propre à chacun » et de construire un espace commun. Le dialogue interculturel est une forme spécifique de communication interculturelle, qui répond positivement et de manière équilibrée aux objectifs de tous les interlocuteurs considérés.
La coexistence de la diversité culturelle implique une capacité d’intercompréhension et un ajustement réciproque des différents acteurs concernés. D’où la nécessité de s’interroger dans nos pratiques sur la communication interculturelle, ses freins et les compétences interculturelles à développer en tant que professionnel.
Les 69èmes journées nationales d’études, en pays d’Arles, mettent à l’honneur deux disciplines récentes en psychologie : la psychologie interculturelle et l’ethnopsychiatrie. Elles sont en lien avec les problématiques soulevées par les psychologues de l’Education nationale au sein de leurs pratiques professionnelles comme l’accueil et l’accompagnement en milieu scolaire des adolescent.es venu.e.s d’ici et d’ailleurs : les jeunes mineur.e.s isolé.e.s, les élèves nouvellement arrivé.es en France, les jeunes issu.e.s de l’immigration de la troisième génération, les jeunes, souvent, stigmatisé.e.s issu.e.s des familles itinérantes et de voyageurs.
Ces journées nationales d’études permettent de dessiner les contours des ressources multiples, théoriques et pratiques, nécessaires aux psychologues de l’Education nationale pour faire face à leurs missions d’accueil, de suivi et d’accompagnement des publics à besoin éducatifs particuliers.